—«Loups-garous, lut-il d'une voix nasillarde, sont aucunes personnes qui sont muées en loups à certaines saisons de l'année, ce que plusieurs autheurs et signament le docte Bodin ont montré être véritable et en latin sont dicts VERSIPELLES et en hébreu HEREBROTH qui est autant comme errants, de nuict. Entre lesquels le docte Bodin et aultres excellents autheurs que j'ai dessus dicts comptent en premier tous bastards de prebstres ou moines qui nés vilainement de sacrilège doibvent ainsi, toute leur vie, le crime expier dont ils l'ont reçue. Je dis les mâles car de LOUVES-GAROUS on n'en vit oncques.»
Royalement payé par l'intendant, le bon ermite revint à son ermitage après toutefois qu'on lui eût arraché la langue pour s'assurer de sa discrétion. Mais de point en point se vérifia l'horoscope; depuis ces temps anciens, de l'Avent à Noël, les aînés de mon nom, vêtus de peau de loups, parcourent en hurlant nos campagnes neigeuses et moi, leur déplorable fils il me faut, chaque année…»
—Aller faire, sourit Mme d'Azincourt, le loup-garou dans vos terres; mais la malédiction sera-t-elle éternelle et jamais le pardon…?
—Nous le pouvons espérer, il est vrai, mais à une condition si étrange qu'à peine osé-je assumer l'impertinence de la déduire céans: celui des la Mauvandière sera le dernier loup-garou qui aura connu (je dis au sens de la Bible), la fille (excusez-moi, de grâce) d'un cardinal romain!»
A ce mot de cardinal, les joues de la duchesse s'empourprèrent tels la robe et le chapeau de ces Princes de l'Eglise. Puis ayant un peu rêvé:
—«Peut-être, vicomte, n'ignorez-vous pas que je naquis à Rome dans le temps que M. de Crécy, mon père, occupait à la Cour pontificale l'emploi d'ambassadeur. Je fus tenue sur les fonts baptismaux par le cardinal de Cicognara, l'un des prélats les plus renommés du Sacré Collège pour son orthodoxie et sa galanterie. Dès leur arrivée en l'Urbe éternelle, mes parents s'étaient liés d'étroite amitié avec Monseigneur de Cicognara, si bien que Mme de Crécy, durant sa grossesse, ayant eu quotidiennement sous les yeux mon illustre parrain, d'une voix unanime les familiers de l'ambassade reconnurent entre lui et sa filleule indigne une ressemblance dont ma modestie seule me peut empêcher de tirer vanité… Fille spirituelle d'un homme à qui son état interdit toute parenté charnelle, peut-être suffirais-je…»
Sans achever, d'un index que baguait un fulgurant sideropecile, l'aimable conteuse impartit à la sonnerie électrique l'inestimable faveur d'en presser le bouton.
Un valet parut:
—«Je n'y suis pour personne!»