Elle sait me choisir ignames et goyaves;
Lorsque nous cheminons par les sentiers étroits,
Ses mains aux doigts velus écartent les agaves,
Tel un page attentif marchant devant les rois,
Puis, dans ma chevelure, oublieuse du peigne,
Avec précaution elle cherche les poux,
Satisfaite, pourvu que d’un sourire daigne
La payer une fois, le Seigneur et l’Epoux.
Si quelque souvenir de soûleur morte amasse
Des rides sur mon front que l’ennui foudroya,
Pour divertir son maître elle fait la grimace,
Grotesque et fantastique à délecter Goya!
Un étrange rictus tord sa narine bleue,
Elle se gratte d’un geste obscène et joli
La fesse, puis s’accroche aux branches par la queue
En bondissant, Foottit, Littl-Tich, Hanlon-Lee!
Mais soudain la voilà très grave! Sa mimique
Me dicte et je sais lire en ses regards profonds
Des vocables muets au sens métaphysique,
Je comprends son langage et nous philosophons.
Elle croit en un Dieu par qui le soleil brille,
Qui créa l’univers pour le bon chimpanzé
Puis dont le Fils Unique, un jour s’est fait gorille
Pour ravir le pécheur à l’enfer embrasé!
Simiesque Javeh de la forêt immense,
O Zeus omnipotent de l’Animalité,
Fais germer en ses flancs et croître ma semence,
Ouvre son utérus à la maternité.
Car je veux voir, issus de sa vulve féconde,
Nos enfants libérés d’atavismes humains
Aux obroontchoas, que la serpe n’émonde
Jamais, en grimaçant grimper à quatre mains!...
Et dans l’espoir sacré d’une progéniture
Sans lois, sans préjugés, sans rêves décevants,
Nous offrons notre amour à la grande nature,
Fiers comme les palmiers, libres comme les vents!!!