JARDINS D’AUTOMNE
Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise.
Agrippa d’Aubigné.
L’ombre et l’abîme ont un mystère
Que nul mortel ne pénétra;
C’est Dieu qui leur dit de se taire
Jusqu’au jour où tout parlera.
V. Hugo.
Les jardins ont perdu leurs robes éburnales,
Eden trois fois béni d’où nous fûmes chassés,
Pourpre sainte attestant la blancheur des annales,
Ces roses de la Nuit chantent les trépassés;
Les trépassés là-bas qui dorment dans leur bière
Sous l’obscène pâleur du seul magnolia;
Reviendras-tu sécher les pleurs de nos paupières,
Toi, l’immortel Amour que la Mort oublia!
De l’immortel Amour à la Mort immortelle,
Supplice qu’il rêva sous la Nuit du recueil
A quitter le séjour, au jour, nous dira-t-elle,
Ce beau lac d’hydrargyre où vogue le cercueil?