CE LIVRE CONTIENT:

Préface [11]
La Négresse blonde[21]
Renoncement[29]
SIX PSEUDO SONNETS TRUCULENTS ET ALLÉGORIQUES
Pseudo-sonnet plus spécialement truculent et allégorique[35]
Pseudo-sonnet pessimiste et objurgatoire[37]
Pseudo-sonnet africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille[39]
Pseudo-sonnet imbriaque et désespéré[41]
Pseudo-sonnet asiatique et littéraire[43]
Pseudo-sonnet que les amateurs de plaisanterie facile proclameront le plus beau du recueil[45]
La Singesse[49]
PETITES ÉLÉGIES FALOTES
Sardines à l’huile[55]
Le doigt de Dieu[57]
Le vieux saint[59]
Les poissons mélomanes[62]
Fleurs des morts[66]
Souvenir ou autre repas de famille[67]
Petits Lapons[69]
Jardins d’automne[71]
Petits calicots[73]
Épître falote et balnéaire[77]
CARNAVAL DE CHEFS-D’ŒUVRE
Le Cid[83]
Phèdre[85]
Iphigénie[90]
Andromaque[92]
Bérénice[96]
Horace[101]
A la Vénus de Milo[104]
En passant sur le quai[110]
Ballade pour faire connaître mes occupations ordinaires[115]
Ballade en l’honneur des poètes falots[119]
Épître falote et testamentaire pour régler l’ordre et la marche de mes funérailles[123]

PRÉFACE

uy de Maupassant affirmait que Algernon-Charles Swinburne lui semblait le mortel le plus extravagamment artiste du monde. A présent que le mortel chantre de l’immortelle Laus Veneris est mort, nous sommes deux esthètes chauves, trois pelés et quatre tondus—neuf en tout—fondés à regarder comme le plus extravagamment artiste de nos contemporains, le nommé Georges Fourest.

Artiste, le poète de la Ballade en l’honneur des poètes falots l’est, simultanément, à la manière antique et à la manière contemporaine: argonaute du verbe, jason non pas jaseur mais passionné de rythmes et évidemment «plein du souffle grec», et explorateur du dernier bateau (lequel est un bateau ailé), Wright de la subtilité et de la nuance...

Et extravagant, il l’est aussi tout à la fois d’une façon ancienne et d’une façon moderne. On l’a qualifié d’acrobate preste et cocasse du cirque lyrique, Foottit merveilleux du vers. Soit! Mais, avant d’être Foottit, il a ricané sous le pseudonyme de Triboulet; et, premier que d’être bouffon des Valois, il a gambadé, Ægipan. Déconcertante synthèse, Georges Fourest exhibe presque en même temps les cornes du bouc, la marotte chère au jongleur du Roi et le bizarre vêtement-sac où s’enveloppe l’amuseur de l’arène[A]; il apparaît coup sur coup comme le Clown, le Fol de cour et le Satyre.

Alliance de l’homme et de la bête, et quasiment dieu, compagnon effronté et folâtre de Dionysos, ivre plus qu’à demi de chansons, de vin, de caresses, le Satyre gambade, fringue, cabriole, s’ébaudit. Est-il terrible, est-il ridicule? Il est (c’est le cas de le dire) biscornu. Est-il beau, est-il affreux? Il est troublant. Depuis la fourche de ses pieds jusqu’à la pointe de ses oreilles, il a de l’esprit: esprit tortueux et tumultueux, âpre et burlesque, raffiné et puéril, savant et brutal, douloureux et lascif,—et esprit surtout ricaneur, sardonien; naturellement: esprit satyrique.

De cet esprit-là, le livre où j’ai la gloire de préambuler, abonde, foisonne, retentit, sonore de crépitations baroques et joviales qui étonnent parmi la bonne harmonie de tels beaux poèmes tout imprégnés d’Orphée peut-être et d’Euripide certainement. On s’amuse, on s’étonne, non sans quelque remords, devant une Phèdre, une Iphigénie, une Andromaque fantasquement renouvelées, et dans telles autres pièces qui n’ont pas eu de modèles millénaires et princiers, dans la Singesse, par exemple, on voit luire et cligner les yeux sarcastiques du capripède et frétiller sa queue égayante.