Que les royales viandes
Qui se servent à monceaux[509].
[509] Ronsard, Odes III, XXI. Bibl. Elz.
Le vieux dictionnaire anglo-français de Cotgrave dit : « A pompion or melon ». Le terme « pompon » s’appliquait aux races à très gros fruits oblongs, sans beaucoup de saveur, comme on en cultive encore en plein air dans le Midi, tandis que les Melons étaient ronds, à chair sucrée et supérieurs en qualité aux pompons.
Le Melon n’a pas été connu de la haute antiquité. Il est arrivé en Europe au premier siècle de l’ère chrétienne. L’ancienne Egypte ne le possédait pas, autrement un fruit aussi savoureux eût été répandu plus tôt dans le monde gréco-romain où les gourmets abondaient. On a dit que les Hébreux, sortis de la terre de Gessen, et affamés pendant leur séjour au désert regrettaient les Melons d’Egypte. Les Abattishim du texte biblique[510], Pepones de la traduction des Septante et de la Vulgate, placés aussitôt après les Kissuim, qui désignent certainement les Concombres, sont seulement des Pastèques ou Melons d’eau, autre Cucurbitacée originaire de l’Afrique australe, très cultivée par les Egyptiens modernes et par ceux des temps pharaoniques. On voit le Melon d’eau fréquemment figuré sur les peintures des tombes parmi les offrandes funéraires. La linguistique montre qu’Abattishi est bien le Melon d’eau, puisque l’arabe battikh, d’où vient notre mot Pastèque, descend évidemment du terme hébraïque. Les traductions qui rendent Abattishim par Pepones, n’indiquent qu’une Cucurbitacée vague, car il n’est pas possible de savoir exactement à quelles espèces se rapportent les Pepones, Cucumeres et Cucurbitæ des Anciens.
[510] Nombres XI, 5.
Unger a cru avoir trouvé la représentation du Melon ordinaire dans une tombe de Saqqarah, nécropole de l’ancienne Memphis, mais cette identification n’est pas admise par les botanistes qui ont examiné le dessin publié par l’archéologue allemand.
Les preuves historiques de l’existence du Melon chez les Anciens ne se rencontrent qu’aux environs de l’ère chrétienne. Columelle a décrit dans son poème des Jardins un Cucumis à fruits très allongés et contournés dont les caractères conviennent au Melon serpent[511]. Pline a signalé en ces termes la découverte de notre Melon cultivé : « Au moment où j’écris, on vient de découvrir en Campanie (environs de Naples) une variété (de Concombre) qui a la forme d’un Coing ; on m’apprend qu’un premier individu naquit ainsi par hasard et qu’ensuite la graine en a fait une espèce. On nomme ces Concombres mélopépons (melopepones). Ils ne sont pas suspendus, mais ils s’arrondissent sur le sol. Ce qu’ils offrent de singulier, outre la figure, la couleur et l’odeur, c’est que, devenus mûrs, ils se séparent de leur queue, bien qu’ils ne soient pas suspendus »[512]. Naudin, dans son Mémoire sur les Cucurbitacées, a commenté ainsi ce passage : « On reconnaît aisément, aux incohérences de son récit, que Pline n’avait pas observé lui-même les plantes dont il parle, et qu’il se bornait à rapporter les dires d’autrui ; néanmoins il précise bien, dans ce passage, les caractères du Melon, sa forme obovoïde, sa couleur jaune, son odeur et sa séparation spontanée d’avec le pédoncule, bien qu’il s’arrondisse à terre et ne soit pas suspendu. Ces deux derniers caractères suffiraient à caractériser le Melon, à l’exclusion de toute autre espèce »[513].
[511] De Re rustica, l. X.
[512] Histoire naturelle, l. XIX. C. 23.