[87] Jal Soc. imp. d’Hortic. 1862, p. 222 ; 1870, p. 492.
OVIDIUS
(Crambe Tataria Jacq. — C. Tatarica Willd.)
Sous le nom d’Ovidius, on a tenté d’introduire, il y a quelques années, comme nouveau légume, une plante dont les jeunes pousses rappellent tout à fait celles du Crambé maritime. C’était en effet une espèce Crucifère voisine, le Crambe Tataria, qui vit à l’état sauvage en Hongrie, Moravie, Valachie, Russie méridionale.
D’après M. Grignan, ledit légume aurait été introduit par un « chef » distingué, M. Ovide Bichot, ex-président de l’Académie de cuisine de Paris, lequel ayant occupé des postes très importants à l’étranger avait su découvrir les mérites de ce Crambé. Il se procura des graines et, de retour en France, résolut d’en faire profiter ses compatriotes. Grâce à M. Ovide Bichot, la plante fut mise au commerce en 1904 par la maison Thiébaut-Legendre qui lui avait donné le nom d’Ovidius, en souvenir de son introducteur[88].
[88] Rev. hortic., 1904, p. 177.
Le Crambe Tataria n’est pas précisément une plante nouvelle. M. Rodigas l’a mentionné autrefois comme étant alimentaire dans son pays d’origine[89]. Antérieurement, il a été l’objet de dissertations archéologiques de la part de Cuvier et de Thiébaud de Berneaud qui ont cru reconnaître dans cette plante le Chara des Anciens. Enfin MM. Paillieux et Bois, après avoir cultivé l’Ovidius à Crosnes, sous le nom de Crambé de Tartarie, lui ont consacré une longue notice dans leur Potager d’un Curieux. Ils reproduisent in extenso la traduction d’une thèse inaugurale médicale d’un noble hongrois, publiée en 1779 par Jacquin dans ses Miscellanea austriaca et contenant des détails intéressants sur l’histoire de cette plante[90].
[89] Culture potagère, 3e éd. (1865), p. 253.
[90] Potager d’un Curieux, 3e éd., p. 129.
Nous y voyons que Clusius, imité en ceci par Bauhin, appelle la plante Tataria ungarica et la range à tort dans la famille des Ombellifères. L’illustre chercheur de plantes avait obtenu des racines de la Hongrie transdanubienne. Il la cultiva pendant deux années dans son jardin de Vienne. Les Hongrois voisins d’Erlau, dit-il, de même que ceux qui habitent immédiatement au-delà des frontières de la Dacie s’en nourrissent dans les années de disette et de misère à la place de pain. Ils furent instruits par hasard de l’usage de cette racine par les Tartares, d’où ils lui donnèrent le nom de Tataria, parce que, comme les Allemands, ils appellent communément Tatars ceux que nous nommons Tartares[91].