—Je croyais que l'épaisseur de l'atmosphère vénusienne rendait très difficile, pour ne pas dire impossible, toute observation géographique.
—Pour les astronomes terrestres, peut-être; mais pour nous, qui flottons dans le vide... d'ailleurs, regardez.
L'ingénieur eut beau se pencher par dessus le bordage, il ne distingua rien; le disque de Vénus, fondu dans une sorte de brouillard, ne laissait encore rien apercevoir des détails de sa surface, surtout à l'œil nu.
—On est bien sûr de l'existence d'une atmosphère, n'est-ce pas? demanda-t-il.
—Parbleu! riposta le vieux savant, il y a beau jour, non seulement que l'on en a des preuves irrécusables, mais encore que l'on en connaît la hauteur, la densité, la composition... déjà, vous pouvez remarquer combien paraissent tronquées, arrondies, les extrémités des cornes du croissant vénusien...
Il eut un petit ricanement méprisant et ajouta:
—Bien que vous ne sachiez pas grand chose en astronomie, vous devez savoir cependant que cet épointement est dû seulement à la présence d'une atmosphère;... d'autre part, des astronomes ont reconnu, en étudiant Vénus spectroscopiquement, des raies d'absorption dues à une atmosphère contenant de la vapeur d'eau et analogue à l'atmosphère terrestre, mais plus dense...
—Ces astronomes ne seraient-ils pas Tacchini et Vogel? fit l'ingénieur.
Le vieux savant ne put retenir une exclamation de surprise:
—Comment savez-vous cela? murmura-t-il.