—Qui sait si le misérable ne s'est point débarrassé de la pauvre enfant en la précipitant dans l'espace, sanglota Ossipoff.
Un rugissement accueillit ces paroles; c'était Farenheit que ce nouveau crime probable de son ennemi mettait en fureur.
—By God! hurla-t-il en grinçant des dents, dire que Dieu ne me laissera pas mettre la main sur ce bandit!
Accablé, en proie à un désespoir profond, Gontran, la tête sur la poitrine, demeurait immobile.
C'en était fini du rêve d'amour dont il s'était si longtemps bercé et qui l'avait poussé à tant de millions de lieues de sa planète natale.
Séléna était à jamais perdue pour lui, il pouvait mourir.
Seul, l'ingénieur qui n'avait au cœur ni l'amour de Gontran pour Séléna, ni la haine de Farenheit pour Sharp, avait conservé tout son calme et, en prodiguant, aux uns et aux autres, ses consolations, il se demandait s'il était dans les choses acceptables qu'après s'être éloigné de plusieurs millions de lieues du boulevard Montparnasse pour faire le tour du monde céleste, il s'arrêtât en si beau chemin?
Et carrément il répondait non.
—Voyons, dit-il, en toutes choses, il s'agit de ne pas s'emballer... examinons la situation avec calme; d'abord, vous monsieur Ossipoff, vous avez tort de déduire la mort de mademoiselle Séléna, de ce que personne ne l'a aperçue. Pour être un gredin, Sharp n'en est pas moins un homme intelligent et c'eût été, de sa part, une incommensurable bêtise que de mettre sa compagne en liberté.