—Oui, mes montagnes de diamant... suivez-moi et vous ne tarderez pas à vous assurer qu'elles existent bien réellement!

Il tourna les talons et descendit la colline, suivi de ses compagnons, dont le scepticisme premier avait fait place à une certaine angoisse. Dans quelle aventure nouvelle étaient-ils donc plongés?

Chose bizarre, à mesure que s'abaissait le niveau du sol, l'air qu'ils respiraient leur paraissait n'être plus le même, en même temps, la fièvre qui leur brûlait le sang s'abaissait, leur cerveau se dégageait, leurs nerfs se détendaient, bref, peu à peu ils redevenaient eux-mêmes.

C'est à part eux qu'ils faisaient ces constatations, osant à peine se regarder, tout honteux qu'ils étaient de la folie passagère qui leur avait fait tenir un langage aussi ridicule.

Enfin, ils arrivèrent au ruisseau dans lequel Fricoulet et Gontran avaient tenté vainement de faire leurs ablutions; d'un bond, ils le franchirent et se trouvèrent sur la lisière de la forêt dans laquelle ils s'engagèrent.

Au bout de quelques pas, ils s'arrêtèrent soudain, tous du même mouvement, en apercevant, à travers les arbres, un paysage qu'ils ne se rappelaient pas avoir vu la veille.

—Le mirage, toujours le mirage, grommela Fricoulet.

Néanmoins, il se remit en marche avec précaution et avança jusqu'au point où la forêt s'interrompait brusquement.

On eût dit qu'une main de géant avait arraché la portion de sol sur laquelle se trouvaient les Terriens, pour la transplanter en un autre monde tout différent de celui où les arbres mercuriens avaient pris racine.

Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, l'œil embrassait un sol noir, couvert d'une fine poussière, brillant sous les rayons solaires, comme de la poussière de charbon de terre; de ci, de là, émergeaient des blocs énormes, noirs aussi et miroitant comme de l'argent bruni.