Gontran fit un bond formidable, l'ingénieur le saisit par le bras.

—Si tu aimes Séléna, dit-il avec autorité, tu vas me jurer de ne rien faire, de ne rien dire que je ne t'y aie autorisé, de demeurer vis-à-vis de ce misérable aussi calme, aussi indifférent que si tu ne le connaissais pas, sinon, je te plante là et tu te débrouilleras avec Ossipoff comme tu l'entendras.

Gontran, muettement, étendit la main.

—J'ai ton serment, reprit Fricoulet, cela me suffit; maintenant, écoute moi... Le Sharp va sortir, mais à peine aura-t-il mis le pied dehors, qu'il lui arrivera ce qui vous est arrivé à Farenheit et à toi, il tombera asphyxié... aussitôt, nous nous précipiterons sur lui et nous le réintégrerons dans sa coquille où nous l'accompagnerons. Là, nous le ferons revenir à lui et nous causerons tout à notre aise.

Comme il achevait ces mots, une exclamation retentit, suivie d'un bruit sourd.

C'était Fédor Sharp qui, suivant les prévisions de Fricoulet, venait de tomber à la renverse, le visage déjà noirci et les yeux sanguinolents.

Les deux amis sautèrent sur lui, le saisirent l'un par les épaules, l'autre par les jambes et, sans perdre un instant, le transportèrent sur un des coussins circulaires de l'obus.

Dix minutes après, Gontran et Fricoulet, débarrassés de leur casque, étaient moelleusement enfoncés dans les capitons du divan; dans leur main droite ils tenaient un revolver, dans l'autre, un verre rempli jusqu'au bord d'un excellent porto dont les soutes de l'obus avaient été abondamment pourvues, lors du départ du Cotopaxi.

—Mon Dieu! dit Fricoulet en humectant ses lèvres dans le liquide odorant, que c'est bon de se sentir chez soi!