Et, durant de longues heures, le savant demeura immobile, la poitrine étrangement angoissée, les regards fixés dans une sorte d'hypnotisme, sur ce monde aperçu par lui, de l'observatoire de Poulkowa, à une distance de 19 millions de lieues et dont maintenant quelques milliers de kilomètres à peine le séparaient.
Il vit successivement apparaître et disparaître à l'occident oriental, l'océan Kepler avec le golfe de Kaiser et la curieuse baie du Méridien si bizarrement découpée par les eaux; puis ce furent les continents de Galilée et de Huygens, baignés au sud par la mer Schiaparelli, et au nord par la mer Oudemans.
À ce moment, Phobos, entraîné par sa rotation, présenta au Soleil la face sur laquelle les Terriens s'étaient arrêtés, et brusquement, sans transition, le jour se fit.
Mickhaïl Ossipoff poussa un soupir de regret d'être ainsi arraché à ses études contemplatives; puis il se redressa et seulement alors, le souvenir de ses compagnons lui revint.
Il tourna les regards vers eux; étendus à terre dans la même position où le sommeil les avait surpris quelques heures auparavant, ils dormaient toujours.
Un moment, il hésita à les éveiller; eux n'avaient pas, comme lui, pour oublier leurs fatigues, la passion scientifique qui dévorait tout son être, ils étaient brisés.
Mais il songea à Fricoulet, à Fricoulet qui, peut-être, avec sa connaissance de la navigation aérienne, avait réussi à atterrir sur le monde qui les portait, et à la recherche duquel il fallait se lancer au plus tôt.
Il s'approcha de Farenheit qui se trouvait être le plus près de lui et, appliquant son parleur à l'ouverture du casque du dormeur:
—Ohé! cria-t-il, debout.