À peine l'ingénieur avait-il posé cette question qu'il la regretta, car il eut presque aussitôt le pressentiment de la réponse; aussi étouffa-t-il la fin de la phrase sous une toux bruyante et opiniâtre.

Puis il s'écria:

—Oui, oui, je vous vois venir; vous êtes de ceux qui croient que la température des planètes est déterminée par leur distance du Soleil et, alors, comme Mars est de dix-neuf millions de lieues plus éloignée que la Terre de l'astre central, il s'ensuit que pour vous, on y doit jouir d'une température sibérienne.

D'un signe de tête, la jeune fille indiqua que c'était bien cela.

—Eh bien! c'est là une erreur, poursuivit Fricoulet; la température dépend de la composition de l'atmosphère qui agit comme une serre; au point de vue de la chaleur solaire, elle la laisse arriver jusqu'à la surface du sol et, ensuite, la retient, s'opposant à ce qu'elle se dissipe dans l'espace... Or, l'air proprement dit, c'est-à-dire l'oxygène et l'azote, ne jouent qu'un rôle insignifiant dans le mécanisme que je viens de vous expliquer, la vapeur d'eau seule a une influence sur la chaleur, en raison de son pouvoir absorbant seize mille fois supérieur à l'air sec!

Séléna battit des mains.

—J'y suis, s'écria-t-elle, j'y suis, vous avez dit tout à l'heure que la spectroscopie avait découvert dans l'atmosphère martienne une quantité considérable de vapeur d'eau, donc, la température...

—...Est plus froide ou plus chaude que sur la Terre, ou peut-être même égale, cela dépend,... mais, en tout cas, je crois bien que nous n'aurons pas trop à souffrir.

—D'ailleurs, reprit Farenheit, si ces Martiens sont aussi avancés dans leur civilisation que vous le prétendez, ils doivent certainement avoir des moyens infaillibles de se préserver du froid comme de la chaleur.