L'ingénieur haussa doucement les épaules.

—Mettez-lui seulement entre les mains une masse d'armes et, sur le torse, une cotte de mailles du moyen âge... et vous verrez quelle tournure pleine de désinvolture il aura.

—Où veux-tu en venir? demanda d'un ton aigre-doux, M. de Flammermont, auquel il ne plaisait que médiocrement d'être ainsi tourné en ridicule, en présence de sa fiancée.

—Je veux que tu comprennes que plus une race avance en civilisation, et plus elle s'atrophie,... la cervelle accapare toute la sève au détriment du reste du corps.

En ce moment, Mlle Ossipoff poussa un cri de terreur; du sol venait de s'élever tout à coup une nuée de ces êtres étranges qui tourbillonnaient dans l'espace au-dessus et autour du groupe formé par les Terriens; on eût dit un vol d'oiseaux immenses dont les ailes battaient l'air presque sans bruit.

Sur un geste d'Aotahâ, tout cela cessa comme par enchantement et, repliant leurs ailes, leur curiosité étant sans doute satisfaite, les Martiens s'éloignèrent.

—Notre guide nous fait signe de le suivre, dit Fricoulet en touchant Ossipoff à l'épaule.

Celui-ci redressa la tête et vit Aotahâ qui, déployant ses ailes, venait, en un vol rapide, de toucher le sol.

—Le suivre! grommela le vieux savant, l'esprit encore plein des rêves qu'il venait de faire... c'est fort facile à dire; mais par où?