L'ingénieur jeta un coup d'œil du côté d'Ossipoff; le vieillard était tellement absorbé dans l'étude de sa carte qu'il n'avait point entendu un seul mot de l'observation de son futur gendre.
Baissant néanmoins la voix, par prudence, il répondit:
—Si tu réfléchissais un instant, avant de parler, tu te rendrais compte immédiatement qu'il était impossible, par suite du mouvement de Phobos autour de la planète, d'atterrir autre part.
—Ah! fit Gontran.
Ce ah! avait une intonation telle qu'il était facile de comprendre que les paroles de l'ingénieur n'avaient, pour le jeune comte, qu'un sens assez obscur.
—Pendant notre trajet, Mars a tourné sur son axe, si bien que le point visé s'est éloigné... Pour arriver directement sur la Ville-Lumière, il eut fallu calculer la rapidité de rotation de la planète et la vitesse de notre ballon et diriger notre course trois ou quatre cents kilomètres avant l'endroit où nous voulions arriver.
Gontran secoua les épaules.
—Peuh! fit-il,... je connais cela,... c'est l'A B C du manuel du parfait chasseur;... quand on tire la perdrix, il faut la viser en tête, pour atteindre l'aile ou la cuisse.
—C'est cela même,... or le plus pressé, n'est-ce pas, était de vous sauver... sans compter que par ce voyage à vol d'oiseau, tu peux te rendre compte de l'aréographie.
—Oh! répondit M. de Flammermont, les Continents célestes me suffisaient...