Comme Séléna s'étonnait, l'ingénieur expliqua ce manque de relief dans la topographie par l'usure résultant du frottement de la surface martienne contre les molécules composant l'atmosphère ambiante.
Vers six heures du soir, au moment où le Soleil allait disparaître à l'horizon, les voyageurs aperçurent au-dessous d'eux et s'étendant à perte de vue une immense nappe liquide dans laquelle se réfléchissaient les derniers rayons de l'astre du jour.
—Voilà le Trivium Charontis, déclara Ossipoff qui suivait, sur sa carte, la marche de l'appareil. C'est une sorte de lac ou plutôt de Méditerranée dans lequel se déversent plusieurs canaux découverts par Schiaparelli, parmi lesquels l'Oréus, le Laestrygons, le Cerberus, le Styx, le Hadès, l'Erebus...
En quelques instants, l'hélicoptère se fut engagé sur cet océan et les côtes du continent disparurent aux yeux des Terriens.
Tout à coup, sans transition aucune, ainsi que cela se produit dans nos régions équatoriales, la nuit succéda au jour et nos voyageurs se trouvèrent enveloppés d'une ombre vague dans laquelle la surface de la planète se noya, indécise et confuse.
Le soleil venait de disparaître au-dessous de l'horizon, après avoir, durant quelques secondes, empourpré l'atmosphère de ses derniers rayons; mais aussitôt, précisément à l'endroit où il venait de s'enfoncer dans l'espace, un astre se leva, brillant d'une clarté douce qui jetait sur le paysage une mélancolie singulière.
—La Lune! s'écria Gontran.
Ossipoff fit un tel bond que, sans Fricoulet qui l'avait saisi par le bras, il abandonnait sa sellette.
—Vous dites! exclama le vieillard d'une voix étranglée.
Cette attitude stupéfaite et indignée de son futur beau-père d'une part, et surtout un coup de pied envoyé par l'ingénieur en guise d'avertissement, prévinrent le jeune comte de l'hérésie qu'il venait de commettre.