—On peut admettre, n'est-ce pas, que les atomes en mouvement dans le rayon lumineux que réfléchit le réflecteur, se dirigent en droite ligne avec une immense vitesse; qui empêche d'utiliser ces atomes pour la continuation de notre voyage?
L'ingénieur n'en put écouter davantage; il se pencha à l'oreille de Gontran:
—Tu divagues, mon pauvre ami, chuchota-t-il.
Mais il dut courber la tête sous le regard triomphant que lui lança M. de Flammermont, en entendant Telingâ déclarer qu'on avait déjà, de l'appareil de Wandoung, expédié à titre d'essai, dans un rayon lumineux, des objets légers.
—Par exemple! s'écria-t-il en se croisant les bras, je serais fort aise d'avoir à ce sujet quelques explications. Quelle machine employez-vous?
—Une simple sphère creuse, que l'on place au centre du grand réflecteur dont je vous ai parlé, répondit Telingâ; un son grave et continu actionne l'appareil transmetteur dont les pôles sont reliés à une puissante batterie électrique. Sous l'influence des vibrations qu'elle emmagasine, la sphère suspendue sur le réseau des oscillations électriques et lumineuses s'échappe avec une rapidité inouïe et vogue en ligne droite, jusqu'à ce que les vibrations se soient tellement affaiblies que la sphère ne soit plus animée d'aucun mouvement et s'arrête forcément. De même, si l'on supprime pendant cette course le son et le rayon lumineux, la sphère s'arrête également et retombe.
—Eh bien! demanda victorieusement M. de Flammermont en s'adressant à Fricoulet, qu'as-tu a répondre à cela?
—Rien, absolument rien, répliqua l'ingénieur, sinon que je me mets à ton entière disposition pour construire, d'après tes plans, une sphère semblable à celle dont parle Telingâ, mais de dimensions assez grandes pour nous contenir tous les trois.
Il avait prononcé ces paroles avec un sérieux si magnifique que M. Ossipoff s'y laissa prendre et murmura à mi-voix: