—Ma foi, mademoiselle, en ce qui concerne le système martien, je ne puis vous répondre, ne l'ayant pas étudié; quant à celui dont se sert maître Robert-Houdin, il est des plus simples: en éloignant rapidement de l'écran tendu entre le spectateur et l'appareil le système optique, on donne l'illusion du rapprochement de l'apparition, par l'ouverture d'une seconde lanterne qui s'allume graduellement en même temps que la première s'éteint, on change la projection et le sujet en vue.

—C'est ce que nous appelons «the dissolving views,» dit Farenheit.

—Ou «vues fondantes,» ajouta Gontran.

—Monsieur Fricoulet, je voudrais encore vous demander autre chose.

—Parlez, mademoiselle.

—Ces gens ont photographié une planète qui n'existe plus; peut-être s'intéressent-ils assez à la Terre pour en avoir pris des vues également.

L'ingénieur se tourna vers Aotahâ et lui traduisit la question de la jeune fille.

Le Martien inclina légèrement la tête et fit signe aux voyageurs de le suivre.

Comme précédemment, les Terriens s'arrêtèrent dans une pièce obscure; puis soudain un voile se déchira, découvrant l'immensité des cieux au fond desquels un mince croissant, brillant d'une lueur très douce et très faible apparut.

Insensiblement ce croissant augmenta, étendant ses deux cornes immenses sur l'horizon entier; puis la dimension devint telle que les cornes elles-mêmes disparurent et qu'ils n'eurent plus sous les yeux, encadrés dans les rayons visuels qu'une partie seule de la planète.