—Écoutez, dit-il quand le jeune homme eut fini de parler, c'est Dieu, sans doute, qui vous a fait veiller cette nuit, pendant votre quart,... si je vous avais trouvé endormi, comme la nuit dernière, c'en était fait de vous.

—Comme la nuit dernière! s'écria Gontran.

—Je vous ai dit tout à l'heure que, depuis ma captivité, toutes les forces vives de mon esprit s'étaient concentrées sur une seule idée: sortir de ma prison... Or, quand un Américain veut une chose, il est rare qu'il ne parvienne point à la conquérir,... je voulais ma liberté et je l'ai,... voici cinq nuits que je guette le moment où M. Fricoulet vous cède la place,... puis, lorsque je vous vois profondément endormi, je me glisse hors de ma cabine...

—Et que faites-vous, alors? demanda le jeune homme qui commençait à trouver que, pour un fou, Farenheit raisonnait à merveille.

—Je travaille à ma vengeance, répondit l'Américain dont les lèvres se tordirent dans un mauvais sourire.

—Votre vengeance! répéta Gontran,... mais vous êtes fou.

—Oui, gronda l'Américain, je suis fou,... mais non pas comme vous l'entendez,... je suis fou de rage,... car, non content de m'entraîner à votre suite, dans cette aventure chaque jour plus insensée, vous m'enfermez comme une bête malfaisante,... Eh bien! écoutez ceci.... vous êtes tous perdus,... le bateau est miné,... j'ai confectionné, avec la poudre que j'ai retiré des cartouches de mon revolver, une gargousse disposée de telle façon qu'en éclatant elle fera sauter en miettes l'Éclair et ceux qu'il contient.

—Mais, de ceux-là, vous en êtes aussi, répliqua M. de Flammermont qui ne pouvait se convaincre que Farenheit parlât sérieusement.

—Mourir ainsi, rapidement et tout de suite, n'est-il pas cent fois préférable que languir, durant des années? non, voyez-vous, j'ai mûrement pesé le pour et le contre,... et le parti auquel je me suis arrêté est encore le plus raisonnable.