—Soit, riposta l'Américain; mais qu'elle se hâte, alors, car je défaille.
Comme M. de Flammermont tendait la main vers le précieux flacon.
—Un moment encore, dit l'ingénieur, entendons-nous bien pour qu'il n'y ait point ensuite de disputes entre nous: pour bien faire, il nous faudrait à chacun deux doses par jour; or, la fiole n'en contenant que douze, cela réduirait notre alimentation à vingt-quatre heures.
—Fort bien calculé, grommela Gontran, mais, de grâce, hâte-toi...
—Je propose, en conséquence, de nous contenter, pour aujourd'hui, d'une dose seulement,... de façon à pouvoir résister demain encore...
—La belle avance, gronda Farenheit,... cela ne servira qu'à prolonger notre agonie.
—En ce cas, ricana l'ingénieur, abandonnez dès à présent votre part aux autres, renoncez aux chances de sauvetage qui peuvent se présenter pendant quarante-huit heures, décidez-vous à trépasser de suite et fichez-nous la paix.
Ce langage logique, énergique, en même temps que peu parlementaire, produisit sur l'Américain un salutaire effet.
—Mais, dit-il d'une voix radoucie, en nous réduisant à une dose par jour pendant quarante-huit heures, cela ne fait que dix doses et, tout à l'heure, vous avez dit que cette fiole en contenait douze, que faites-vous des deux autres?