—Non, ce n'est pas du Soleil que Jupiter pourrait recevoir cette chaleur,... autrement, il faudrait admettre que ce monde géant a ou n'a pas d'atmosphère, suivant qu'il est près ou loin de l'astre central... Songe, en effet, que son orbite est d'une excentricité telle qu'il est plus éloigné de 20 millions de lieues du Soleil à son aphélie qu'à son périhélie, où sa distance est de 183 millions de lieues.

—Peste! murmura Gontran, mais pour parcourir un orbite comme celui-là, il doit falloir des années d'une longueur prodigieuse.

—Vous dites? fit brusquement le vieillard, aux oreilles duquel les paroles de Gontran étaient arrivées, mais un peu confuses.

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, en sorte que Fricoulet eut le temps de prendre la parole.

—Gontran me disait, fit-il, que cette différence dans les distances de Jupiter au Soleil forme les véritables saisons de Jupiter, qui ne met pas moins,—paraît-il,—de onze ans, dix mois et dix-sept jours pour parcourir son orbite.

Ossipoff fit de la tête une approbation muette; néanmoins, son regard demeura un peu soupçonneux, et il s'apprêtait à poursuivre plus loin son investigation, lorsque Séléna, s'adressant à l'ingénieur, l'en empêcha.

—Ne venez-vous pas de dire: les véritables saisons, monsieur Fricoulet? demanda-t-elle.

—Oui, mademoiselle, vous avez bien entendu.

—Y a-t-il donc, sur Jupiter, deux sortes de saisons?