Mais alors, comme l'avait prévu Ossipoff, il était trop tard.
Sous l'influence de l'attraction jovienne, le wagon avait franchi plus de cinq cent mille lieues; il venait d'abandonner le courant de corpuscules cosmiques qui l'avait entraîné jusqu'à ce moment et il tombait en droite ligne, à travers le vide, vers la planète dont le disque immense s'étendait jusqu'à l'horizon.
—Monsieur Fricoulet, dit alors le vieillard, avez-vous une idée de la vitesse avec laquelle s'opérera notre atterrissage sur Jupiter.
—Oh! mon Dieu, monsieur Ossipoff, répondit l'ingénieur avec un calme étonnant, ce doit être quelque chose comme vingt-neuf mille mètres dans les dernières secondes... je ne crois pas,—si je me trompe,—me tromper de beaucoup...
—En effet, nous tombons à raison de 27,650 lieues à l'heure.
Gontran et Séléna eurent un geste effaré.
Fricoulet, lui, haussa légèrement les épaules avec une indifférence superbe.
—Baste! fit-il, au point où nous en sommes, quelques milliers de lieues en plus ou en moins...
—Je crois, balbutia le vieillard en courbant la tête, que nous sommes perdus...