—L'océan qui nous porte! s'écria Gontran.

—Lui-même... Or, en supposant au courant qui nous entraîne une force de 300 mètres à la minute, cela nous donne 18 kilomètres à l'heure.

—Eh bien?

—Eh bien! ne sais-tu pas que, de l'île Neigeuse au continent de Secchi ou Noachis de Schiaparelli, l'océan Kepler mesure neuf cents kilomètres; admettons que, par suite de l'invasion des eaux, une certaine portion de cette dernière contrée ait disparu, mettons, si tu veux, huit cents kilomètres; tu vois bien qu'en quarante-huit heures, nous pouvons être sauvés...

—Pour cela, il ne faut pas que le courant diminue de vitesse, ni que quelque avarie survienne à notre îlot.

—Quelque avarie, répéta Fricoulet en regardant curieusement M. de Flammermont, que veux-tu dire?

Et il ajouta, en frappant du talon le sol de l'île neigeuse:

—Nous ne sommes point, comme de vulgaires naufragés, sur un radeau de planches et de cordes que les vagues peuvent disloquer, mais sur un amas de terre et de rochers.

En ce moment, Farenheit revenait vers eux, après avoir fait, autour du fragment d'île qui les portait, une petite promenade hygiénique.