Brusquement, l'obscurité s'était faite, et c'est ce qui avait provoqué cette exclamation surprise du jeune comte.

—Ce n'est rien, répondit Fricoulet, nous venons d'entrer sur le côté obscur du disque.

Alors, le spectacle auquel, pendant plusieurs heures, assistèrent les Terriens, emportés par la course vertigineuse de leur véhicule, fut véritablement merveilleux et terrifiant tout à la fois.

Au milieu de l'obscurité, la lueur rougeoyante des continents en formation crevaient les nuages, et l'on apercevait des volcans aux cratères immenses, vomissant des fleuves incandescents, des océans d'eau bouillante et des geysers aux jets brûlants, empanachés de vapeurs sanglantes.

Par moments, des éclairs rayaient l'ombre sur une étendue de plusieurs milliers de kilomètres; puis, tout retombait dans une obscurité plus épouvantable encore, au milieu de laquelle retentissait le fracas non interrompu de la lutte des éléments; parfois lugubre, assourdissante, la foudre éclatait.

À l'intérieur de l'appareil, la chaleur avait encore augmenté, et les voyageurs avaient dû quitter, l'un après l'autre, toutes les pièces de leurs vêtements, ne conservant que le strict nécessaire.

Le thermomètre marquait 58 degrés centigrade et Fricoulet déclarait qu'il ne s'en tiendrait pas là.

À la réverbération de ces foyers, qui rayonnaient leurs flammes de sang à travers l'atmosphère embrasée, les parois de lithium s'étaient échauffées terriblement et une vapeur épaisse emplissait la cabine où les Terriens étaient réunis.

Séléna, étendue sur son hamac, semblait évanouie; assis à son chevet, Gontran, anéanti, les yeux sanglants, la gorge sèche, la poitrine en feu, lui tenait la main pour lui donner du courage.

Ossipoff, auquel son amour de la science, faisait oublier les souffrances physiques comme les douleurs morales, continuait ses études télescopiques, et l'ingénieur surveillait la marche de l'appareil.