La jeune fille sourit.
—Mon père a acheté cette épreuve très cher, à un Anglais qui visitait en même temps que lui le musée de Venise et qui, à l'insu des gardiens, avec un appareil de dimensions microscopiques, photographiait tous les objets dignes d'attention.
—Et ceci, répéta Gontran, sans prendre la peine de dissimuler sa surprise, ceci représente quelque chose digne d'attention?
—Mon Dieu! répondit la jeune fille d'un ton d'indifférence très affecté,... il paraît que c'est la première lunette dont usa Galilée, et qu'il se fabriqua lui-même...
M. de Flammermont hocha la tête d'un air entendu.
—En ce cas, murmura-t-il avec un sérieux imperturbable, je comprends que cette épreuve ait un intérêt considérable aux yeux de votre père.
—Je ne sais comment l'Anglais qui lui servait de compagnon de voyage s'y est pris,... mais il paraît qu'il avait réussi à gratter avec son canif une petite parcelle de la lunette et qu'il l'avait mise dans le médaillon pendu à sa chaîne de montre.
Les deux jeunes gens ouvraient des yeux énormes.
—C'était un fou, cet Anglais...
—Non, c'était simplement un astronome qui avait fait le voyage, de Londres à Venise, dans l'unique but de venir contempler la lunette de Galilée... Mon père lui a proposé des sommes relativement considérables pour partager avec lui la parcelle de plomb qu'il avait dérobée... L'autre n'a jamais voulu y consentir.