Ossipoff débutait par un résumé historique; il établissait que, des cinq planètes connues des anciens, Saturne était celle qui avait dû être découverte une des dernières à cause de son éclat inférieur à celui de Vénus, de Jupiter et de Mars. Mercure venait après; il passait ensuite en revue le rôle joué par cet astre chez les différents peuples de l'antiquité suivant leur religion, il répétait l'opinion de l'astronome Purtos, d'après lequel l'anneau de Saturne était connu des anciens, parce qu'on aurait retrouvé dans les ruines de Ninive le dieu assyrien Nisroch (Saturne) enveloppé d'un anneau.

Gontran passa rapidement là-dessus pour arriver à ce qui avait pour lui un intérêt immédiat.

«Saturne, disaient les notes du savant russe, constitue, avec ses anneaux multiples et ses huit lunes tournant autour de lui en des périodes diverses, un véritable univers.

Cette planète se meut autour du Soleil, suivant un orbite de 720 millions de lieues de diamètre et de 2 milliards 215 millions de tour, c'est-à-dire presque dix fois plus longue que l'orbite terrestre. Pour parcourir cette distance immense, Saturne, qui ne franchit que 9,500 mettes à la seconde, met 29 années terrestres et 67 jours; quant à l'orbite parcourue, elle est d'une excentricité telle qu'à son périhélie, Saturne est plus rapproché du Soleil de quarante millions de lieues qu'à son aphélie.

«De l'observatoire de Poulkowa, poursuivait Ossipoff, j'ai mesuré l'arc sous-tendu par Saturne et cet arc, suivant les distances de la planète, varie de quinze à vingt secondes, ce qui me permet d'attribuer à Saturne un diamètre dix fois plus long que celui de la Terre, soit 30,000 lieues. Saturne est donc d'un volume à peu près égal à celui de Jupiter: sa circonférence, à l'équateur, est de 100,000 lieues, ce qui constitue une surface quatre-vingt-dix fois plus considérable et un volume sept cent vingt fois plus grand que la surface et le volume terrestres.

«Mais, tandis que le diamètre équatorial est de 30,500 lieues, l'axe vertical n'en mesure que 27,450, si bien que la planète est encore plus aplatie aux pôles que Jupiter; et l'on peut établir, en ce qui concerne l'aplatissement polaire, la proportion suivante:

Terre: 1/289.—Jupiter: 1/15.—Saturne: 1/10.

«De tout ce qui précède, il résulte que les conditions physiques, à la surface de Saturne, sont totalement différentes de ce qu'elles sont sur la Terre; elles se rapprochent plutôt de celles de Jupiter. Ainsi, non seulement la pesanteur y est plus faible que sur notre planète, mais encore cette pesanteur varie du pôle à l'équateur par suite de la force centrifuge développée par le mouvement rapide de rotation, dans de telles proportions que, si la planète tournait seulement deux fois plus vite, les objets ne pèseraient plus rien dans les régions équatoriales.»

Gontran suspendit sa lecture et s'adressant à Fricoulet, lui dit: