«S'il existe une humanité saturnienne, ce mouvement des satellites doit engendrer pour elle huit espèces de mois, variant depuis onze heures jusqu'à soixante-dix-neuf jours, c'est-à-dire depuis un jour saturnien environ, jusqu'à 167... C'est assurément ce dernier qui doit être le plus employé comme division du temps, car l'année saturnienne, qui se compose de 25,217 jours, ne compte pas moins de 151 mois de cette longueur.»

Fricoulet ajoutait:

«Nota bene.—Ne pas oublier que ces satellites tournent, autour de la planète, de la même façon que la Lune, c'est-à-dire lui présentent toujours la même face.

«Deuxième nota bene.—Si M. le comte de Flammermont constatait, un jour, la disparition soudaine des satellites saturniens, qu'il n'en manifeste aucun étonnement, surtout en présence de M. Ossipoff; par suite de la position occupée dans le ciel par notre véhicule, les satellites doivent s'éclipser en perspective.

«Troisième nota bene.—Prière à M. de Flammermont de déchirer le présent billet, après en avoir digéré le contenu.»

Est-il utile de dire que Gontran, après avoir, de point en point suivi les recommandations de son ami, transcrivit, de sa propre main, la note ci-dessus, et que cette note augmenta davantage encore, si possible, l'estime scientifique en laquelle Ossipoff tenait son futur gendre.

Cependant l'Éclair poursuivait impassiblement sa route à travers l'espace, dévorant des milliers de lieues avec une vertigineuse rapidité, déchirant, d'heure en heure, le voile mystérieux qui masquait aux Terriens l'univers merveilleux vers lequel ils couraient.

Un soir,—on se trouvait alors à deux millions de lieues à peine de Saturne—Fricoulet, l'œil au télescope, s'amusait à regarder tomber, à travers l'atmosphère saturnienne, où ils s'enflammaient, suivant la loi qui veut que le mouvement se transforme en chaleur, les corpuscules composant le courant astéroïdal dans lequel l'Éclair naviguait.

Et c'était d'un merveilleux effet, cette pluie d'étoiles filantes sur cette Lune gigantesque, dont le bleu pâle se distinguait à peine du noir velouté de l'espace.