—Qu'importe?

—Il importe tellement que si, au lieu d'aborder sur l'équateur, nous abordons dans les parages de l'un ou de l'autre pôle, par exemple, vers le 63e degré de latitude nord ou sud, bonsoir le pont suspendu!

—Ah! bah!... et pourquoi cela?

—Parce que c'est à l'équateur seulement que les anneaux apparaissent ainsi, semblables à un arc gigantesque, ayant son point culminant le plus large au zénith, et s'abaissant vers l'est et vers l'ouest, en diminuant progressivement de largeur, suivant les lois de la perspective.

Si tu quittes l'Équateur pour aller vers l'un ou l'autre pôle, tu sors du plan des anneaux dont le sommet s'abaisse vers l'horizon progressivement jusqu'à ce qu'il se trouve au même niveau et disparaisse totalement du ciel. Comprends-tu?

—À merveille, c'est simple comme tout; mais alors, ceux des Saturniens qui habitent les régions polaires et que la nature n'a pas doués du goût des voyages, ignorent jusqu'à l'existence de cette merveille?

—Bien entendu, et ils se trouvent en savoir moins sur leur propre planète que nous n'en savons nous, placés à un million de lieues de Saturne.

L'entretien se termina là; Fricoulet reprit ses observations télescopiques et Gontran alla s'étendre sur son hamac où maintenant il passait la plus grande partie de son temps.

Quand il s'éveilla, quelques heures plus tard, il vit l'ingénieur debout à côté de lui.