—Eh! répliqua le comte, Sharp n'est pas un imbécile, et s'il est là-dessus, c'est qu'il a certainement trouvé le moyen d'y subsister.
Fricoulet éclata de rire.
—Voilà, où je ne m'y connais pas, une vérité de La Palisse: si Sharp n'est pas mort, c'est qu'il a réussi à vivre.
L'hilarité devint générale; l'ingénieur ajouta:
—En ce qui concerne Sharp, je suis entièrement de l'avis de Gontran. Je vais même plus loin, je déclare que c'est un homme supérieur. Malheureusement, si son intelligence est vaste, sa conscience est nulle et ses scrupules sont en raison absolument inverse de ses capacités. Aussi, si dans le cataclysme qui a engendré la fragmentation cométaire de Tuttle, il n'a pas péri, je parierais ma tête qu'il vit encore,... C'est un gaillard énergique et d'un entêtement dont rien n'approche, comme nous avons pu le constater d'ailleurs... S'il a mis dans sa tête de rejoindre la Terre et de déposer, avant M. Ossipoff, sur le bureau de l'Académie des sciences de Pétersbourg, la relation de ses voyages, rien ne l'en empêchera...
À ces dernières paroles prononcées par l'ingénieur, le vieux savant se redressa et, faisant brusquement volte-face, montra à ses compagnons son visage tout pâle et tout bouleversé.
—Je n'avais point songé à cela, dit-il d'une voix rauque.
—À quoi n'aviez-vous pas songé, père? demanda Séléna qui, la première, fut frappée de l'altération des traits du vieillard.
—Que le bolide que nous apercevons et qui, dans moins d'une heure, va couper notre route, atteindra l'atmosphère terrestre avant cinq mois, en sorte que si Fédor Sharp a trouvé le moyen d'échapper à la mort...