La surface de l'île diminuait d'heure en heure; battu constamment par les vagues, ébranlé, disloqué par les horribles secousses de la tempête, le sol s'effritait peu à peu et il fallait envisager le moment où l'île neigeuse ne présenterait même plus assez de surface pour continuer à jouer ce rôle de radeau sauveur, grâce auquel les Terriens avaient échappé au cataclysme.

—Que faire? murmura Gontran dont, instinctivement, les yeux se dirigèrent vers Séléna pour l'envelopper d'un regard de tendresse.

—Rien, répondit Fricoulet; contre ce qui se passe, nous sommes impuissants; attendons et souhaitons que la rapidité du courant l'emporte sur l'émiettement de l'îlot.

—Mais plus le courant est fort et plus il me semble que les vagues doivent ronger le rivage avec violence.

—C'est parfaitement exact, riposta l'ingénieur; ne souhaitons donc rien et attendons... Mais surtout pas un mot de tout ceci à ce vieillard ni à cette jeune fille; il est inutile de les épouvanter à l'avance; il sera toujours temps de les prévenir lorsque le péril sera imminent.

Gontran et Farenheit indiquèrent, d'un mouvement de tête, qu'ils étaient d'accord sur ce point avec Fricoulet; puis chacun d'eux s'écarta pour se livrer en paix aux réflexions que lui suggérait son propre tempérament.

Fricoulet calculait, Farenheit rageait, Gontran se lamentait.

Et toute la journée se passa ainsi sans que rien vînt troubler la désespérante monotonie de cette navigation étrange; pas un être vivant ni dans l'air, ni dans l'eau; à l'horizon pas une voile, pas un vestige de terre qui pût donner espoir aux malheureux naufragés.

Ces régions paraissaient complètement désertes et, lorsqu'au soir, le soleil se coucha à l'Occident, le radeau semblait immobile, figé au centre d'une circonférence liquide infinie.