Il est vrai que ces changements ne s'opèrent pas sans transition, comme sur la Lune; bien au contraire.

Sharp constata, avec une surprise toujours croissante—bien qu'il sût déjà à quoi s'en tenir sur ce sujet—la lenteur du mouvement d'Uranus sur son orbite.

Quelques minutes d'observation lui suffirent pour établir que la marche de la planète s'effectue à raison de 7,500 mètres par seconde, soit 144,700 lieues par jour.

Si bien que, pour parcourir son orbite dont le diamètre égale 1,500 millions de lieues et la longueur 400 millions, la planète n'emploie pas moins de 40,668 jours terrestres, soit quatre-vingt-quatre de nos années.

Quatre-vingt-quatre années pour passer de 675 millions de lieues à 742 millions!

En vérité, les Uraniens ont largement le temps de s'acclimater aux nouvelles saisons!

Et puis, existe-t-il réellement des saisons sur Uranus? ou, du moins, si elles existent, est-ce bien véritablement la chaleur solaire qui les produit?

La chaleur solaire! Que doit-elle être à une semblable distance?

Il prit fantaisie à Sharp de résoudre cette question plus intéressante pour sa curiosité propre que pour la science.

C'était fort simple à résoudre, d'ailleurs; Uranus se trouvant, dix-neuf fois plus que la Terre, éloigné du Soleil, il s'ensuit logiquement que le diamètre du Soleil, vu d'Uranus, est dix-neuf fois plus petit que vu de la Terre, en sorte que l'astre central offre à la première de ces planètes un disque 390 fois plus petit qu'à la seconde.