—Je ne suis pas de ton avis,... il en est de fort agréables;... ainsi, durant que tu t'encauchemardais, moi, de mon côté, je rêvais,... mais d'une façon pas désagréable du tout,... et tu m'as interrompu au plus beau moment.

Ici, nous demandons la permission d'ouvrir une parenthèse indispensable à la compréhension du présent chapitre.

Qu'est-ce que le rêve?

C'est la faculté que possède l'esprit humain de se dédoubler, pour ainsi dire, et de vivre d'une vie spéciale, la véritable vie spirituelle, dégagée de l'enveloppe charnelle, débarrassée des liens de la matière qui l'alourdit.

Pendant le sommeil, l'esprit continue le travail commencé à l'état de veille, ou reprend la suite des idées dont le cours a été momentanément interrompu par l'assoupissement du corps. C'est l'existence qui se poursuit véritablement, sans solution de continuité, et le dormeur, dont le cerveau dégagé de toute préoccupation physique, est, en quelque sorte, affiné, ou, pour mieux dire, a sa force et son acuité poussées jusqu'à l'ultime puissance, trouve parfois, à l'état de sommeil, la solution d'importantes questions insolubles à l'état de veille, et met aussi à exécution d'irréalisables projets conçus et déclarés par lui impossibles, quelques heures auparavant.

C'est sous l'empire de ce phénomène mystérieux et magique du rêve que nos héros étaient tombés, alors qu'ils demeuraient étendus côte à côte sur le plancher de leur véhicule, dans un état léthargique voisin de la mort.

Et tandis que, sans qu'ils pussent en avoir conscience, leur catalepsie charnelle reprenait, avec le fragment cométaire dans lequel elle était pour ainsi dire ensevelie, le chemin de la planète natale, leur esprit, dégagé des liens de la matière, poursuivait le voyage tel qu'il se fût logiquement accompli sans l'accident qui avait, d'une façon si inattendue, arrêté dans sa course le wagon l'Éclair.

Cela une fois bien établi, nous fermons la parenthèse ouverte quelques lignes plus haut, et nous reprenons le dialogue des deux voyageurs endormis, là où nous l'avions interrompu.

—Ma foi! mon cher Alcide, dit le comte de Flammermont, je te dois mille excuses; l'existence que nous menons dans cette cage de lithium est si désespérément triste et monotone, qu'en vérité, lorsque la Providence vous envoie un rêve quelque peu réjouissant...