—Comment sait-on cela? demanda M. de Flammermont.
Puis, aussitôt il ajouta:
—Il est vrai que peut-être on a calculé sa vitesse de rotation au moyen de quelque observation faite sur son disque...
L'ingénieur hocha la tête.
—Mon cher, aux yeux des astronomes terrestres, qui savent le trouver là où il est, Neptune offre tout au plus l'aspect d'une étoile de huitième grandeur, dont le disque, légèrement teinté de bleu, n'a pas plus de 3 secondes de diamètre. Comment, diable! veux-tu que l'on fasse des observations là-dessus?
—Alors, riposta Gontran, comment s'y est-on pris pour évaluer cette vitesse?
—De la manière la plus simple du monde; Lassell, après avoir découvert le satellite neptunien, établit que sa distance moyenne à la planète est de 13 rayons neptuniens, ou 100,000 lieues environ, et que sa révolution s'effectue en une période de cinq jours terrestres plus 21 heures. La conséquence logique de cette rapidité du satellite est la rapidité de la planète elle-même, dont la rotation doit être assimilable à la rotation de Jupiter, de Saturne, d'Uranus... Ce n'est pas d'ailleurs le seul point de ressemblance que Neptune ait avec Uranus; outre encore cette similitude de vitesse de rotation et celle de l'inclinaison de l'orbite des satellites et de la marche rétrograde de ceux-ci, les deux dernières planètes connues de notre système solaire ont encore, ou à peu de chose près, la même masse, la même densité, la même intensité de pesanteur et leurs atmosphères sont chimiquement de même composition, ainsi que l'a démontré l'analyse spectrale.
—Ce sont des jumeaux, alors? ricana Gontran.
—Sans t'en douter, tu viens de leur donner le même nom dont plusieurs astronomes se servent pour les désigner;... de plus,—tu peux t'en convaincre en le regardant un moment dans le télescope,—Neptune a, comme Uranus, son axe fortement incliné et ses deux pôles très aplatis.
En ce moment, Séléna, qui avait quitté la machinerie à la suite de son père, rentra dans la salle.