Après l'avoir remercié chaudement de cette bonne intention, Fricoulet demanda des explications sur le lieu singulier en lequel il se trouvait ainsi que ses amis; et le Martien lui fournit complaisamment tous les renseignements capables de satisfaire la curiosité du Terrien.
Cette terre de Noachis étant, plus que toutes les autres contrées de la planète, sujette à des inondations formidables susceptibles de durer pendant plusieurs années, les habitants avaient songé à utiliser les progrès étonnants réalisés par la science, pour se mettre à l'abri de ce fléau terrible.
Une seconde raison les empêchait d'asseoir les assises de leurs maisons sur le sol même: les miasmes pestilentiels qui se dégageaient des terrains marécageux de cette île immense.
Aussi avaient-ils suspendu leur ville dans l'espace par un moyen des plus simples: d'immenses caissons métalliques, remplis d'un gaz plus léger que l'air, jouaient le rôle de ballons et servaient de fondations aux maisons; quant aux matériaux employés à la construction, ils étaient, presque tous, composés de cellulose pure, rendue, par des procédés spéciaux, aussi dure que l'acier, quoique demeurant très mince et imperméable.
Le gaz qui remplissait les caissons était produit par la réaction de substances chimiques les unes sur les autres; au moyen des câbles rattachant la cité aérienne à la terre ferme et contenant intérieurement des fils métalliques, l'électricité produite à terre arrivait jusqu'aux habitations pour fournir la lumière, la chaleur et la force motrice, indispensables aux besoins journaliers.
Les Terriens auxquels Fricoulet émerveillé transmettait les explications du Martien sur ces admirables travaux, demeuraient immobiles d'ébahissement.
Farenheit lui-même, qui écoutait sans comprendre grand chose, était stupéfait de tant d'ingéniosité; au fond, bien qu'il n'en laissât rien paraître, il était quelque peu humilié dans son amour-propre national; les Américains lui semblaient bien petits et bien arriérés auprès de ces gens-là.
Aussi se promit-il, si la Providence lui faisait remettre les pieds sur les États-Unis, de ne jamais toucher un mot de la planète Mars à ceux qui lui demanderaient le récit de ses extraordinaires voyages.