—Ah! mon cher Alcide, tu me sauves la vie, dit-il.

Après s'être dégagé de cette cordiale étreinte, l'ingénieur reprit:

—Tu sais que tu ne m'as encore rien dit et que je ne serais pas fâché de connaître ce plan merveilleux grâce auquel je cours chance de revoir enfin mon cher boulevard Montparnasse.

Tout en disant cela, il attachait sur Gontran ses petits yeux gris allumés d'une lueur un peu moqueuse.

—Mon cher ami, fit alors M. de Flammermont, j'ai lu, cette nuit, très attentivement les Continents célestes et j'y ai retrouvé, longuement détaillés, les quelques renseignements que tu m'as donnés hier. Une chose surtout m'a causé un plaisir extrême: c'est cette déclaration d'un certain Vorman Lockyer, astronome terrestre qui s'est beaucoup occupé des pierres météoriques: «Dans le plan où se meut l'anneau des astéroïdes du 20 novembre, le vide de l'espace a disparu et il est remplacé par le plein météorique.»

—Oui, répondit Fricoulet en approuvant d'un signe de tête, la densité de cet anneau est plus de mille fois supérieure à celle de l'espace intersidéral, je sais cela... et après?...

Gontran leva les bras au-dessus de sa tête et les agita désespérément.

—Comment! et après?... s'écria-t-il; ne comprends-tu donc pas que nous avons là, à notre disposition, un fleuve... un véritable fleuve et qu'il nous suffira de nous abandonner à son courant...

—Tu oublies une chose, c'est que ce fleuve coule de la Terre vers Mars, pour n'y revenir qu'après avoir passé par Saturne, Uranus et autres lieux...

—Eh bien! répondit le jeune comte nullement déconcerté, nous remonterons le courant,... ce sera un peu plus long, voilà tout.