C'était le point céleste auquel aboutirait—s'il était indéfiniment prolongé—l'axe autour duquel tourne notre planète, en un mot, le pôle sud de l'univers; et ce point, c'était la constellation de l'Octant; en consultant la carte céleste qui se trouvait à bord, épave précieuse sauvée par Ossipoff des différentes catastrophes dont les voyageurs avaient été victimes depuis leur départ de la Terre, Gontran vit que les constellations voisines les plus remarquables étaient le Petit-Nuage, le Toucan, le Phénix, l'Hydre, l'Horloge, le Réticule, la Dorade, le Poisson-Volant, le Navire, le Caméléon, l'Abeille, la Croix-du-Sud, l'Oiseau, le Triangle, le Compas, l'Autel, le Paon, l'Indien et la Grue.

L'ingénieur s'occupait à ajuster les différentes pièces du spectroscope (p. 110).

—L'histoire naturelle a, pour la plus grande partie, fourni le vocabulaire astronomique, ricana le jeune homme en s'adressant à Fricoulet.

Celui-ci, sans répondre, indiqua à son compagnon un point de l'espace sur la gauche du wagon.

—Là-bas, du côté des Nuées de Magellan et de la Montagne de la Table, le Grand Nuage.

—Ah! dit Gontran, sur un ton indifférent, et qu'a-t-il de particulier, ton Grand Nuage?

—Oh! pas grand'chose... ceci seulement: à la distance qui nous sépare du système solaire, distance qui, naturellement, nous rapproche d'autant d'elles, ces nébuleuses ont à peine grandi; j'en conclus donc qu'elles doivent se trouver vertigineusement éloignées.

—Mon Dieu, l'univers est très grand...

Ces mots avaient été prononcés d'une voix qui trahissait un tel désintéressement de la question que l'ingénieur ne put retenir un éclat de rire.