—By God! jura l'Américain en sursautant.
—...Oui, faux, répéta le jeune homme, car mes prévisions se trouvent fort au-dessous de la vérité.
—Qu'est-ce que tu chantes là? demanda tout bas Fricoulet en se penchant vers son ami, et en cherchant à l'écarter pour prendre sa place et voir sur quel phénomène astronomique Gontran se basait pour parler ainsi.
Mais le jeune diplomate était bien trop intéressé, paraît-il, par le spectacle qui s'offrait à lui, pour céder à la pression de Fricoulet, et, l'œil toujours rivé à l'oculaire, il poursuivit, parlant lentement, l'attention attirée par un point fixé, là-bas, dans l'infini:
—Oui, depuis hier, il me semble que nous avons fait un chemin de tous les diables... et, si nous continuons de ce train...
Il s'arrêta, demeura quelques secondes silencieux, et sans s'en apercevoir, réfléchissant tout haut.
—Voyons?... ce n'est ni Uranus, ni Saturne, ni Jupiter... ils sont loin derrière nous... Mars?... hum! autant que je puis me rappeler, son disque ne brille pas d'un semblable éclat;... oui... oui, c'est Vénus assurément, ce ne peut être que Vénus. Mais, sapristi, ce que je voudrais bien savoir, c'est où est passée la Terre?
Fricoulet, à ces mots, fit un haut-le-corps prodigieux, et approchant ses lèvres de l'oreille de son ami, à cause d'Ossipoff, toujours immobile dans son coin.
—Vénus!... murmura-t-il, tu es fou! si cela était, il faudrait admettre que l'Éclair marchât à une vitesse au moins décuple de celle de la lumière... Tiens, ôte-toi de là...