Et, machinalement, il se palpait le crâne, comme s'il eût voulu se convaincre qu'il ne s'y était produit aucune fêlure.
—Un cauchemar? interrogea Farenheit.
Mais comme Ossipoff était là, lui aussi, le jeune comte eut honte d'avouer la vision astronomique qui avait troublé son sommeil et, recouvrant immédiatement la lucidité de sa pensée, il répondit:
—Oui, un cauchemar, et un cauchemar causé par ce misérable Sirius; je ne pouvais admettre que Sirius s'éloignant de la Terre, depuis des temps incommensurables, à raison de 35 kilomètres par heure, sa lumière non seulement n'eût pas diminué d'intensité, mais fût encore visible.
Ossipoff sourit avec indulgence et murmura:
—Très singulier, cet état spécial dans lequel le rêve met un esprit lucide et savant! Ainsi vous voilà, vous, un astronome dont nul, pas même moi, n'oserait discuter la science, vous voilà tout ému par une objection qu'un raisonnement enfantin suffit à réfuter... Si vous aviez été dans votre état normal, n'auriez-vous pas compris que ce qui vous paraissait un phénomène était dû tout simplement à l'énorme distance qui nous sépare de Sirius... L'éloignement qui s'est opéré depuis quatre mille ans n'est pas la cinquantième partie de la distance qui sépare Sirius de la Terre; dans de semblables conditions...
Gontran inclina la tête affirmativement.
—Si votre cauchemar ne vous a pas trop fatigué, ajouta le vieillard, je vous serais bien obligé devenir m'aider dans certaines études que je veux faire...
Une ombre s'étendit sur le visage de M. de Flammermont qui murmura d'une voix accablée:
—Le temps de me passer un peu d'eau sur la figure et je suis à vous...