—Incommensurable!...
—Riez tant que vous voudrez, monsieur Farenheit, déclara Séléna; cela n'empêche pas qu'en 1862, le 31 janvier, M. Alvan Clark fils, en essayant un télescope de 18 pouces, aperçut à gauche de Sirius un point lumineux, dont l'angle de position était exactement égal à 84°,6... c'est-à-dire une différence de 1 degré seulement avec l'observation de MM. Auwers et Safford.
—Et c'est là que se borne ce que l'on sait de ce satellite? interrogea ironiquement Gontran.
—Point: son éclat est à peu près égal à celui d'une étoile de neuvième grandeur et sa masse à environ la moitié de celle de Sirius, c'est-à-dire sept fois celle du Soleil, bien que sa lumière soit environ cinq mille fois moindre que celle de l'étoile principale... Maintenant que te voilà renseigné...
Et, en disant cela, l'ingénieur poussait Gontran vers la porte, car il entendait M. Ossipoff qui appelait à grands cris son jeune «collègue»; mais celui-ci, qui n'affrontait jamais, sans appréhension, ces sortes de conversations, demanda encore avant de sortir:
—Alors, la question est de savoir si ce fameux satellite est planète ou soleil?
—Oui; d'après ce qu'a dit Ossipoff.
—Et... as-tu une idée personnelle à ce sujet?
—Aucune; vu que, jusqu'à présent, ce sujet m'a laissé fort indifférent; mais, si tu veux me croire, dans l'incertitude, tu le laisseras parler, et, s'il t'interroge, tu peux soutenir hardiment la théorie qui te conviendra...
Dans sa cabine, le vieillard trépignait d'impatience en attendant Gontran, tout en fouillant l'espace pour arracher ses secrets au monde mystérieux qui l'intriguait si fort.