Un monde tellement grand qu'il faudrait des millions d'années pour en parcourir la surface!

Un monde tellement éloigné que sa lumière met des millions d'années à nous parvenir!

Mais qui lui affirmait, qu'au moment même où il la contemplait, avec des yeux si ardents, cette nébuleuse existait encore? ne pouvait-il supposer que le corps duquel était parti, plusieurs milliers d'années auparavant, le rayon lumineux qui le frappait, avait changé non seulement d'aspect mais encore de constitution?

N'était-il pas, à l'heure présente, résolu en étoiles? était-ce, plutôt, un embryon de soleil ou un système planétaire en formation?

Il était plongé dans ces réflexions lorsqu'un appel discret de Gontran détourna son attention; il vit alors son ami qui, du doigt, lui faisait signe de le rejoindre.

—Eh bien? interrogea le comte.

—C'est la grande nébuleuse d'Orion que M. Ossipoff examine.

—Celle aperçue par Gysatus? interrogea Séléna.

—En 1618?... oui, mademoiselle; seulement je vous ferai observer que c'est à un Français, Picard, que sont dus les premiers dessins de cette nébuleuse.

—Bast! riposta la jeune fille en riant, cela n'a pas grande importance, puisque tous les dessins, faits jusqu'à nos jours, n'ont pas entre eux la moindre ressemblance et qu'il a fallu les perfectionnements de la photographie pour parvenir à fixer la silhouette de ce monde étrange...