Puis, se frappant le front:
—Que je suis bête!... la perspective, parbleu!... n'est-ce pas ce qui cause la déformation de la constellation?
L'ingénieur hocha la tête d'un air de doute.
—Il y a peut-être de ça, dit-il; mais ce qu'il y a de plus important, c'est que tu vois Orion, tel qu'il est actuellement, tandis que sur Terre nous ne le voyons que tel qu'il était il y a des milliers d'années, c'est-à-dire lorsque est parti le rayon lumineux que nous enregistrons...
Notre wagon court en sens inverse de la lumière et avec une vitesse beaucoup plus grande, c'est ce qui t'explique ce phénomène...
—Mais alors, dit le jeune comte, plus nous avancerons...
—Et plus l'aspect du ciel changera; c'est-à-dire plus nous aurons la sensation de la vérité céleste.
Il ajouta en riant:
—Les collègues terriens de M. Ossipoff me font l'effet, toutes proportions gardées, de ces coquettes de province qui étonnent les bons habitants des sous-préfectures, avec les modes portées à Paris, quatre ou cinq ans auparavant. Au point de vue astronomique, c'est la même chose, et ton digne homonyme lui-même est d'un arriéré qui le ferait rougir, s'il en avait le sentiment...
Cette comparaison excita l'hilarité des deux compagnons de l'ingénieur; mais bientôt Gontran revint à la situation.