—Comme sont venues jusqu'à présent toutes les discussions du même genre, bougonna Gontran; j'ai voulu faire le malin avec ce que tu m'avais dit, et, comme Ossipoff, en s'éveillant, me demandait la route suivie par l'Éclair, je lui ai dit que nous traversions la constellation du Bélier,—d'un mot en est venu un autre... et voilà...
Fricoulet hocha la tête.
—C'était bien imprudent, fit-il; car j'avais oublié de te prévenir que, par suite de la précession des équinoxes, la position des signes ne répond plus aux constellations de même nom; ainsi, au temps d'Hipparque, les premiers points du Bélier et de la Balance répondaient aux équinoxes de printemps et d'automne, comme ceux du Cancer et du Capricorne aux solstices d'été et d'hiver... voici déjà un premier point, et très important, sur lequel il était indispensable que tu fusses fixé.
—Mais les noms donnés à ces constellations?...
—Oh! aucun rapport avec les constellations mêmes; les Chaldéens, les Égyptiens et les Grecs les ont baptisées ainsi, soit à cause d'une forme très vague avec les objets en question, soit pour perpétuer le souvenir d'un héros... mais, à cela près...
Il s'interrompit, l'attention soudainement attirée vers le hublot par lequel venait de pénétrer un rayon de lumière singulier qui paraissait réunir toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
—Aldébaran! dit-il en se levant et allant mettre son œil au télescope.
—Aldébaran! répéta Flammermont.
—Étoile de première grandeur qui sert d'œil au Taureau; la tête est formée par un assemblage d'étoiles connues, depuis la plus haute antiquité, sous le nom de Hyades, et la queue par les Pléiades...
En donnant cette explication, l'ingénieur continuait de regarder l'espace, vivement intéressé, malgré son scepticisme, par la vue de cette étoile dont la teinte rougeâtre formait, tout autour d'elle, un nimbe mystérieux.