Alors, il prit un moyen terme: au lieu de se coucher, il s'assit sur le bord de son hamac et, prenant son carnet, il se mit à rédiger hâtivement quelques notes en lesquelles il résuma le plus succinctement possible ce qu'il lui parut indispensable d'incruster dans la cervelle de son ami, pour le mettre à même de répondre victorieusement au vieux savant, au cas où il lui prendrait fantaisie de disserter sur le Zodiaque avec son jeune «collègue».

Voici ces notes:

«Le Lion. L'étoile maîtresse de cette constellation est «Régulus», dont l'éclat est magnifique; distance du système solaire: environ 100 trillions de lieues, eu égard à la lumière dont elle rayonne, volume gigantesque—elle s'éloigne de nous à raison de 37 kilomètres à la seconde, escortée d'une étoile double de huitième grandeur, connue seulement depuis une centaine d'années.—À remarquer: plusieurs nébuleuses d'aspect bizarre, notamment le nº65 de Messier, en spirale elliptique, et le 56 de forme ovale.

«Le Cancer, le plus petit et le plus pauvre des signes du Zodiaque: on n'y aperçoit à l'œil nu qu'une pâle nébulosité laiteuse, agglomération d'étoiles de faible éclat, désignée par les anciens sous le nom de: «La Crèche».

«Les Gémeaux, remarquables par «Castor» et «Pollux», deux étoiles considérées pendant fort longtemps comme liées l'une à l'autre, théorie dont la spectroscopie a démontré la fausseté. Tandis que Pollux arrive vers la Terre avec une vitesse de 64 kilomètres par seconde, Castor s'en éloigne à raison de 45 kilomètres; depuis Hipparque, ces deux soleils se sont écartés l'un de l'autre de plus de 2 trillions 500 milliards de lieues et leur intensité lumineuse n'a pas varié pendant ces vingt siècles,—dans leur course Castor et Pollux sont suivis par un autre astre plus éloigné, ce qui induit à penser qu'on est en présence d'un système non pas double, mais triple.—D'après les études d'Herschell, l'évolution de Castor et de Pollux autour l'un de l'autre ne demanderait pas moins de mille ans.—Dans les Gémeaux, à signaler plusieurs étoiles doubles colorées, un certain nombre d'étoiles variables, plusieurs nébuleuses.

«Persée. L'étoile principale est «Algol», qui marque, dans le ciel, la place de la tête de la «Méduse»; étoile variable, descendant de la 2e à la 4e grandeur en deux jours, 20 heures, 40 minutes, 53 secondes, et cette sorte d'éclipse ne dure que 6 minutes, sans doute à cause du passage d'un corps obscur devant le disque de l'étoile.—Grand nombre d'étoiles doubles et deux petites nébuleuses.

«Le Cocher et la Chèvre, visible surtout au retour du printemps, ce qui l'a fait associer, dès la plus haute antiquité, aux travaux agricoles.—«Capella», étoile de première grandeur, presque aussi blanche que Véga, à une distance de 170 trillions de lieues, la principale du groupe, plane en décembre et janvier au zénith de Paris;—rien d'intéressant à signaler, si ce n'est, non loin de ce groupe, la constellation du Lynx, où brillent un grand nombre d'étoiles doubles fort intéressantes et particulièrement les nos 38, 15, 12, 19 et 20, systèmes ternaires à révolution très lente.»

Fricoulet en était là de la rédaction de ses notes, lorsque, par la cage de l'escalier, la voix d'Ossipoff se fit entendre, formidable, tonitruante.

—Gontran!... Gontran!... appelait-il.