—Eh! By God!... le Soleil!... N'avez-vous pas déclaré, tout à l'heure, que cette étoile si brillante, là, à l'arrière du wagon, c'était le Soleil.
—Oh! pardon, j'ai déclaré qu'il me semblait que... mais je n'ai pas été aussi affirmatif, surtout alors que les circonstances m'interdisent de l'être.
Ces quelques mots, prononcés froidement, produisirent sur l'emballement de Farenheit le même effet qu'un seau d'eau froide sur un brasier ardent.
—Mais alors, fit-il, avouez donc franchement que nous sommes perdus.
—Sapristi! s'exclama Fricoulet, je me tue à vous le dire depuis une demi-heure;... oui... nous... sommes... perdus. Mais j'espère que nous ne le serons plus si vous me laissez établir la parallaxe de l'étoile que Gontran prenait pour Vénus: cela me fixera en même temps sur l'identité de l'astre qui se trouve à l'arrière et dans lequel il me semble bien reconnaître le centre de notre système planétaire.
—La parallaxe! répéta Farenheit dont les yeux s'étaient démesurément ouverts et trahissaient l'ahurissement que lui causait cette expression, toute nouvelle pour lui.
—Oui, fit alors l'ingénieur, c'est ainsi qu'on appelle l'opération mathématique à l'aide de laquelle les astronomes terrestres essayent de déterminer la distance des étoiles.
Quelque préoccupé qu'il fût par la situation critique dans laquelle il se trouvait, l'Américain ne put retenir un homérique éclat de rire.
—Vous voudriez me faire croire, déclara-t-il, qu'il est possible d'estimer les espaces considérables qui séparent entre eux les mondes de l'infini stellaire?