Farenheit, Gontran, Séléna avaient pris place devant les hublots, tandis que Fricoulet, son chronomètre à la main, comptait à haute voix les minutes qui s'écoulaient.

Enfin, d'une voix qui tremblait légèrement, il dit:

—Encore une seconde.

Après cela, il remit le chronomètre dans sa poche et colla son visage au télescope.

Il était temps: les deux corps dont les masses s'étaient augmentées au point d'envahir l'horizon tout entier, s'étaient abordés et instantanément, de ces deux sphéroïdes obscures, surgit un immense soleil, une gigantesque nébuleuse, incandescente, au centre de laquelle un tourbillon d'étincelles plus lumineuses, plus aveuglantes que les plus puissantes lumières à arc voltaïque, montait, montait toujours, envahissant l'espace où elles dispersaient en tous sens des éclairs radieux.

Ainsi que l'avait prédit Fricoulet, on eût dit un bouquet de feu d'artifice, mais poussé à la cent millième puissance, avec des intensités telles que jamais cervelle humaine ne les eût pu concevoir.

En un clin d'œil l'infini se trouva illuminé, et de ce foyer d'incandescence une chaleur telle se dégageait, que les Terriens durent se retirer des hublots, que l'on masqua de nouveau pour éviter des accidents semblables à celui dont avait été frappé Farenheit.

—Et voilà comment, des vieilles lunes, on fait de nouveaux soleils! s'écria plaisamment Fricoulet.

—Les astronomes terrestres doivent être dans un état! s'exclama l'Américain.

L'ingénieur secoua la tête.