—Merci bien, répondit narquoisement le jeune comte.
Mais comme, sans vouloir l'avouer, le spectacle auquel il venait d'assister l'avait profondément frappé, il demanda:
—Et les dessous de ce phénomène, quels sont-ils?
—Très simples, comme tu vas voir: tu sais que la chaleur n'est qu'un des modes d'action du mouvement, comme la lumière et le son; les ondes sont seulement différentes et agissent différemment. L'équivalence, d'ailleurs, est parfaite entre la chaleur dépensée pour produire un travail mécanique et le travail nécessaire pour développer du calorique: ainsi, la chaleur nécessaire pour élever d'un degré la température d'un kilogramme d'eau correspond au travail que nécessiterait l'élévation à un mètre de haut un poids de 424 kilogrammes et réciproquement...
—Avocat, passons au déluge, dit plaisamment Gontran.
—Partant de ce principe, il est très compréhensible que, de l'arrêt brusque des deux corps obscurs que nous examinions, soit résultée une élévation fantastique de température: le mouvement dont ils étaient animés s'est transformé en chaleur et de deux mondes pierreux, usés, la nature a fabriqué une nébuleuse, embryon de mondes futurs, qui donnera un jour naissance à un soleil, puis à des planètes et ainsi de suite, in secula seculorum.
—C'est un éternel recommencement.
—Tu l'as dit...
—Alors, murmura Séléna, voilà la méthode employée par la nature pour la création?
—Ou, du moins, l'une des méthodes, mademoiselle, car il est à supposer que l'arsenal des procédés usités par le surnaturel pouvoir qui régit les Soleils est inépuisable... En tous cas, il est certain que c'est toujours d'une nébuleuse, formée en un point de l'espace pour une raison quelconque—et elles ne manquent pas—que proviennent les Soleils, les Étoiles et les Mondes: rien ne se perd, rien ne se crée!