Errare humanum est... balbutia le jeune homme...

Ossipoff feuilleta les papiers d'une main nerveuse et montrant à son interlocuteur le dessin de la Grande-Ourse:

—Eh bien? demanda le comte... c'est la Grande Ourse.

—Je vois bien, riposta l'autre avec un peu d'aigreur... Mais ce n'est pas la constellation telle que vous avez pu la voir d'ici.

Se voyant pris en flagrant délit de supercherie, Gontran préféra ne rien dire et se contenta de caresser nerveusement ses moustaches.

—Étant donné notre rapprochement dans l'espace, la perspective a changé et la disposition des étoiles dont se compose la constellation n'est plus la même que lorsqu'on la regarde de la Terre.

Le jeune homme conservait le même mutisme prudent; d'un seul mot mal à propos il eût pu s'enferrer davantage; il préférait donc laisser Ossipoff continuer sa petite conférence.

—Actuellement, déclara le vieillard d'un ton rogue, nous apercevons presque de profil l'assemblage de soleils que les astronomes terrestres voient de face sous la forme d'un quadrilatère suivi d'une ligne brisée; du point où nous sommes et courant au-devant de la lumière, nous voyons la Grande Ourse sous la forme d'une croix gigantesque...

Et croyant, à un mouvement de M. de Flammermont, qu'il voulait contrôler par ses propres yeux ce qu'il lui disait, il s'écria:

—Oh! inutile... si je vous dis cela, c'est que je le sais, et, si je le sais, c'est parce que je l'ai constaté de visu... ce que vous n'avez pas fait...