Au point de vue honorifique, il est certain que le savant n'avait rien à ambitionner: sur sa table de travail s'empilaient les journaux dont presque toutes les colonnes lui étaient consacrées, et les bulletins des sociétés savantes enregistrant des ordres du jour plus élogieux, plus flatteurs les uns que les autres.

S'il lui avait fallu assister aux séances de toutes les sociétés savantes ou autres qui avaient tenu à «s'honorer» en le recevant dans leur sein, ils n'y aurait jamais suffi, même en se divisant en dix ou quinze personnalités différentes; de même que s'il lui avait fallu prendre au sérieux le titre de «correspondant» que les sociétés de l'Univers entier lui avaient décerné, il lui aurait fallu commander à une armée de secrétaires, lesquels, par surcroît, auraient dû user de la machine à écrire.

Mais quand il eut épuisé des centaines de cartes de visite, pour remercier de tous les honneurs qui lui avaient été décernés, et de tous les repas auxquels il avait été convié, et qu'il se trouva seul, désœuvré, en présence du premier feuillet de papier blanc sur lequel il devait commencer à écrire ses relations de voyage, il fut saisi d'une sorte de dégoût des hommes, qu'il accusa d'ingratitude.

Certainement que si le mondain Gontran de Flammermont eût été appelé à traduire dans son langage de boulevardier les sentiments intimes du vieux Sharp, il n'eût pas manqué d'évoquer le souvenir de l'acteur Baron, incarnant dans «la Belle Hélène» le légendaire personnage de Calchas et disant, en visitant les offrandes.

«Trop de fleurs!... trop de fleurs!...»

Oh oui, trop de fleurs!... trop de discours! trop de repas! combien le moindre grain de mil—suivant la parole du fabuliste—eût mieux fait son affaire! pour l'instant, du moins; car pendant les quelques jours qui avaient suivi son retour, il s'était gonflé, comme le geai paré des plumes du paon, aspirant avec ivresse l'encens des flatteries.

Mais maintenant...

On lui avait bien promis qu'aussitôt la mort du directeur actuel de l'observatoire de Poulkowa, on lui donnerait ce poste, auquel, plus que tout autre, il avait droit.

D'un autre côté, un grand seigneur, propriétaire de plusieurs centaines de villages et d'une quantité de mines, en Sibérie, lui avait déclaré mettre à sa disposition le nombre de millions nécessaires à la construction du plus grand observatoire du monde entier.