Qu'on s'imagine un bloc qui, de face, présentait une superficie d'environ 1,300 mètres carrés, ne mesurant pas moins de quarante mètres de longueur sur une trentaine de mètres de haut, gigantesque caillou, tombé de l'infini sur la terre, et qui, dans sa chute, s'était enfoncé dans le sol d'au moins une demi-douzaine de mètres.

Alentour, c'était une véritable dévastation, à croire qu'un gigantesque incendie avait passé sur les champs et sur les bois: ce n'était que troncs d'arbres calcinés, que moissons détruites; on eût même dit que les flammes avaient pénétré jusque dans le sol, pour s'en aller détruire les racines, que l'on apercevait, dans des crevasses, tordues et noirâtres.

Sur la terre, une épaisse couche de cendres, fine et impalpable, se soulevait en tourbillon sous le moindre souffle d'air, empuantissant l'atmosphère et obscurcissant le ciel bleu.

Et la troupe des savants, aussitôt que les yeux avaient été suffisamment ouverts pour regarder, et les cervelles suffisamment désembrumées pour comprendre, s'était ruée à l'assaut du bolide, pour l'examiner, le palper, l'ausculter en tous ses coins et recoins.

Tandis que les uns en photographiaient les différentes faces, les autres arpentaient ces mêmes faces, en prenaient les dimensions, engageant entre eux des discussions à n'en plus finir sur un écart de quelques centimètres à peine entre leurs différentes mensurations; d'autres, encore, en faisaient l'escalade, pour en calculer la hauteur.

Bientôt, il arriva un moment où tout le monde se trouva réuni sur une sorte de plateau qui formait, pour ainsi dire, la cime de cette montagne minuscule, et alors, sous la conduite de Fédor Sharp, commença la visite en détail du bolide.

Le savant semblait faire les honneurs de chez lui, et avec cette même passion effrénée qui l'avait soutenu au milieu des plus terribles épreuves, il conduisit, pendant plusieurs heures, ses invités à travers toutes les sinuosités du bloc rocailleux, s'arrêtant presque à chaque pas pour leur faire admirer tel détail, leur faire constater telle particularité, les intéresser à telle curiosité.

Montant, descendant pour remonter encore, allant à droite pour aller à gauche, et ensuite revenir sur ses pas, Fédor Sharp était infatigable, semblant se soucier peu de l'éreintement, visible, cependant, de ses collègues qui se traînaient à sa suite, suant, soufflant, s'épongeant le front et tirant la langue.