—Surtout, recommanda-t-il, que cette affaire ne s'ébruite pas; cela pourrait m'occasionner le plus grand ennui...

L'Anglais l'ayant rassuré d'un sourire, l'homme d'État salua une dernière fois et disparut.

À l'aube, tout était prêt pour le départ; les bœufs que l'on avait fait coucher sur place, et qui avaient passé la nuit à ruminer, se trouvaient sous le joug et les bouviers, l'aiguillon en main, attendaient le signal qui devait faire se mettre en mouvement l'énorme machine.

À l'arrière, les crics électriques étaient parés, et les électriciens, à leur poste, étaient prêts à envoyer dans les fils les courants qui devaient donner au chariot l'élan suffisant pour démarrer.

Sharp, lui, avait passé une partie de la nuit, debout, parcourant la route que devait suivre le véhicule, rectifiant, grâce à une équipe de terrassiers, les défectuosités qui pouvaient entraver quelque peu la marche en avant.

Successivement, Farenheit, Gontran, Fricoulet et enfin Ossipoff... (p. 348).

On avait dû, depuis trois semaines, abattre des bois, combler des fossés, empierrer des terres labourées, pour que les roues de la plate-forme ne s'enfonçassent pas jusqu'au moyeu, sous l'énorme charge qui pesait sur elles.

Ce n'avait pas été un mince travail et qui, dans des circonstances normales, eût coûté un prix fabuleux: heureusement que la fièvre qui brûlait les savants pour ce «caillou céleste» avait gagné le public, et les paysans, non seulement avaient consenti à bouleverser leurs champs, sans recevoir aucune indemnité, mais encore avaient offert gratis l'effort de leurs biceps.

Jusqu'au jour, Sharp avait parcouru à cheval la voie que devait suivre le monumental véhicule et il n'était revenu au campement qu'aux premières lueurs de l'aube.