Mais, avant de se séparer, le Congrès adopta la marche suivante de ses travaux: repos général jusqu'à midi; à midi lever et mise à table; repas jusqu'à deux heures; à deux heures entrée en séance.
Il fut fort applaudi; mais il faut reconnaître que les applaudissements ne furent ni moins nourris, ni moins chauds quand il proposa au Congrès de se déclarer en permanence, jusqu'à ce qu'une décision eût été prise.
Avant de se séparer pour aller chacun de leur côté chercher un coin pour se reposer, les membres du Congrès nommèrent un des leurs chargé de prendre, sur son sommeil et sur son repas, le temps nécessaire pour rédiger un rapport qui servirait de base à la discussion, dès la reprise de la séance.
Le président, chargé, à son tour, de s'entendre avec l'aubergiste pour que le menu du repas fût digne du corps médical de Rio, on se sépara et, sans nul souci de ceux pour le salut desquels ils avaient été convoqués, messieurs les docteurs s'en furent chercher, dans un profond sommeil, l'oubli de leurs fatigues, tandis que, assis en face l'un de l'autre, le président élaborait minutieusement le menu du déjeuner et que le rapporteur élaborait non moins minutieusement son rapport...
Pour être juste, il faut dire qu'à deux heures sonnant le Congrès était en séance et que l'écho de l'horloge mourait à peine que le président donnait la parole au rapporteur.
Très habilement, celui-ci avait commencé par faire l'éloge du corps médical brésilien, portant aux nues les fameux docteurs qui n'avaient pas hésité à abandonner des malades très intéressants pour venir apporter le concours de leurs lumières à la résolution de l'extraordinaire problème qui se posait à eux, n'ayant pas assez d'éloges, non plus, pour le dévouement des praticiens plus humbles, qui n'avaient pas reculé devant les kilomètres et les kilomètres à parcourir pour tenter de tirer du néant les «sujets» découverts dans ce bloc aérien...
«Certes, il ne lui appartenait pas à lui, modeste entre les modestes, de se prononcer sur le cas véritablement sans précédent qui leur était soumis: cependant, il ne croyait pas trop s'avancer en déclarant que c'étaient là des êtres appartenant à la génération actuelle,—il n'en voulait pour preuve que les vêtements, ou plutôt les lambeaux de vêtements qui les couvraient et qui semblaient révéler, à l'examen, une fabrication moderne.
«Il regrettait fort que l'illustre savant, dont le récent voyage venait de bouleverser le monde scientifique, fût mort si tragiquement, et cela au moment même où son expérience eût pu être d'une si grande et si incontestable utilité; car si,—comme on pouvait le supposer,—le bolide tombé, quelques semaines auparavant, aux environs de Pétersbourg, appartenait au bradyte dans lequel les «sujets» en question venaient d'être trouvés, nul doute que Fédor Sharp eût donné de précieux renseignements, desquels on eût conclu, pour ainsi dire à coup sûr, en quel état se trouvaient, pour l'instant, ces malheureux.
«Certes, il ne lui appartenait pas d'examiner le côté scientifique de la question; d'autres plus compétents que lui le feraient, et avec une plus grande autorité que celle qu'il pourrait apporter.... Mais enfin, avant d'examiner si les êtres en question étaient ou non viables, il eût été, à son avis, indispensable d'être fixés sur le monde duquel ils arrivaient, et sur la composition exacte du bradyte dans lequel ils étaient comme incrustés.
«Ces points une fois acquis, on pourrait, sachant dans quelles conditions atmosphériques et climatologiques les «sujets» avaient vécu, étudier s'il était possible ou non de les rappeler à la vie.